JO 2024, Le projet, Non categorisé

Rencontre avec Jean-Christrophe Choblet

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Mercredi 30 novembre, nous nous sommes rendus à l’Hôtel de Ville pour rencontrer Jean Christophe Choblet, scénographe urbaniste, en charge de la mission PAVEX créée par Anne Hidalgo.

A l’origine J.C. Choblet travaillait dans le secteur privé en collaboration avec Valérie Thomas au sein de l’agence Nez Haut. Ces deux scénographes ont longtemps travaillé autour de grands événements populaires ainsi que sur des quartiers et des centres villes dit « difficiles » en raison de facteurs économiques et sociaux tels que le chômage.

Collaborant avec des équipes pluridisciplinaires J.C Choblet étudiait ces sites, à partir de l’histoire des lieux, en concertation avec les habitants/usagers afin de penser l’avenir de ces territoires. Les interventions du scénographe sur ces territoires se manifestent, selon sa volonté, par des actions rapides à mettre en place et pensées de manière « low cost » (au bon endroit, au bon moment).

Ce dernier nous a accueilli dans son bureau à 10h pour une discussion d’une heure portant sur la cartographie sensible et la mise en récit dans le cadre de projets tels que Paris-Plage.

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Vous vous intéressez à la notion d’usage. Comment définissez-vous les usages d’un lieu ? Comment parvenez-vous à les identifier ?

Il faut passer par analyse sensible du territoire à partir d’une « carte d’usage ». Une petite équipe effectue un travail cartographique qui va géolocaliser les usages existants. Il faut se poser des questions simples : quand ? quoi ? où ? comment ? A partir du travail cartographique (succession de calques) vient la possibilité de problématiser. Ce travail ne nécessite pas d’interactions avec les gens. La dimension sensible autorise à privilégier l’appréciation personnelle des choses. In fine on obtient une cartographie parlante.

Les questions qui suivent ce travail concernent les types d’usages à prolonger ou à créer. Pour le cas de la Défense plusieurs usages évidents ont été ciblés : déjeuner, s’asseoir, se dépenser. Il est alors assez facile de lancer des architectes, des designers, à penser du mobilier adapté à ces différents usages. Il y a une nécessité de lister les usages vis à vis du propos et de créer un point d’intrigue en se demandant si ces usages entrent en résonance avec les territoires alentours.

Enfin la notion de récit est fondamentale. Il faut écrire l’histoire du projet afin que les gens le visualisent et se l’approprient. Par exemple, le projet Paris Plage est né de la réécriture de l’histoire de Paris. Les JO représentent quand à eux un événement d’envergure internationale mais de puissance locale qui pose la question du traumatisme post-événement. C’est un événement fédérateur et un très bon moyen de relier les territoires par un outil de mobilisation populaire. Par exemple il y avait une vraie histoire autour de la candidature des JO 2012 de Londres avec la construction de l’immense dôme, la participation du groupe U2, la reconversion d’un quartier délaissé. Il est important de prendre en compte la notion de « Global village », de l’apport du petit village face à un événement international.

– De plus en plus de lieux sont pensés en intégrant la dimension de réversibilité. Comment abordez vous l’avant et l’après intervention ? Comment appréhendez-vous l’empreinte d’un projet ?

Très fréquemment on observe un traumatisme urbain post événement. Il n’existe pas de solution immédiate sauf l’équipement technique qui n’est pas à négliger car bénéfique pour les populations. Les gens ont tendance à être sceptiques quant au discours qui prétend que le territoire est correctement aménagé suite à l’accueil d’un événement international. L’enjeu de l’accueil des JO est d’éviter le traumatisme autour de cet événement. Cela pourrait passer par la pérennisation des mobilisations populaires. Les liens doivent perdurer. Les lieux doivent se réactiver dans le cadre d’autres événements. Le problème de cette candidature est qu’à l’heure actuelle il n’existe pas de récit, pas d’histoire autour de ce projet JO. Paris Plage par ailleurs a fonctionné pour d’autres raisons : besoin ressenti de la population, gratuité, construit par les gens de la ville (par d’intervenants privés), l’argent directement redistribué aux contribuables.

Concernant le pré-événement, vous parlez de  » co-construction ». Comment mettez-vous cela en place ? Cela donne-t-il de la force au récit ?

La co-construction passe par le travail du collectif . C’est le cas du collectif Faites sur l’aménagement de la Place des Fêtes Paris XIX. Deux étapes  se distingue: le dégagement de thématiques et l’installation d’une base de vie sur site. Cela permet d’entrer en relation avec les associations, la populations et de co-concevoir les actions ou les objets qui doivent être menés avec ces gens là. Les interventions doivent être rapides, bien senties et au bon endroit. Les installations prenant place sur un espace public doivent prendre en compte la dimension calendaire de ces espaces. Les usages ne sont pas les mêmes en été qu’en hiver.

L’idée est de penser une typologie des espaces dans lesquels pourraient s’appliquer vos interventions. Cela ramène à penser un kit, une boîte à outils et des standards. La boite à outils parle à tous, à la manière de la disco mobile importé de province. C’est un outil populaire qui fonctionne très bien. La mise en place du 6B par Julien Beller est un exemple d’architectes qui ont pris en compte ce qui a été initié il y à une quinzaine d’années, sur cette sensibilité d’actions du territoire donc entre l’événementiel et la réalité, l’architecture et l’urbanisme. L’ambition de ce kit serait de réactiver des territoires qui le garderont à l’avenir.

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